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Berceuse pour les ours qui ne sont pas là, Boris Vian

Publié le par Elizabeth Robin

Photo: © Juan Jose Bujidos / montage: Elizabeth Robin

Photo: © Juan Jose Bujidos / montage: Elizabeth Robin

Berceuse pour les ours qui ne sont pas là, Boris Vian

Oursi ourson ourzoula
Je voudrais que tu sois là
que tu frappes à la porte
Et tu me dirais c’est moi
Devine ce que je t’apporte
Et tu m’apporterais toi 

Depuis que tu es partie
j’ai de l’ennui tout autour 
ça me ravage le foie
beaucoup mieux qu’un vrai vautour
Et je ne sais plus quoi faire
Alors j’ai pris tes photos
je les ai pendues au mur
Et j’ai dit regardez-moi
avec vos yeux d’autre part
Ce sont les seuls yeux du monde
Dans lesquels j’ose le voir

Le Bärchen était au mur
Et il s’est mis à pleurer
parce que j’étais si triste
il voulait me consoler

Les autres peuvent me dire
des choses, des choses,
des choses mais que j’oublie vite
toi je sais ce que tu dis 
Je me rappelle ta voix
Je me rappelle tes mots

Je t’ai suivie à la gare
je suis monté dans le train
mais il est parti tout seul
Tu disais que je m’en aille
pour ne pas que je m’ennuie
en attendant sur le quai

Plus jamais une seconde
plus jamais sans te toucher
savoir que tu es si loin
ne pas pouvoir y aller
mais comme un pauvre imbécile
Je disais  pour quelques jours
se séparer, c’est facile
après tout, s’il arrivait
que tu partes en tournée

Il faudrait nous habituer 
mais tu vois si j’étais bête …
Car on ne s’habitue pas
à crever, même en six mois. 

Oursi Ourson Ourzoula
Je voudrais que tu sois là
Tes talons dans l’escalier
feraient le bruit que je guette
et tu serais dans mes bras

C’est dimanche, il est huit heures
Et je ne veux pas sortir
Et je m’ennuie à mourir
Alors je t’écris, mon ange
Une chanson du dimanche
Une chanson pas très drôle
Mais on y rajoutera
Mardi soir, un grand couplet
Viens dormir sur mon épaule
et on ne dormira pas

Boris Vian, extrait de Berceuse pour les ours partis. 1951

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Le chat, Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

Publié le par Elizabeth Robin

Photo: © Juan Jose Bujidos

Photo: © Juan Jose Bujidos

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Pour faire le portrait d'un oiseau, Jacques Prévert,

Publié le par Elizabeth Robin

photo: © Juan Jose Bujidos / Elizabeth Robin

photo: © Juan Jose Bujidos / Elizabeth Robin

Pour faire le portrait d’un oiseau

 

Peindre d’abord une cage

avec une porte ouverte

peindre ensuite quelque chose de joli

quelque chose de simple

quelque chose de beau

quelque chose d’utile

pour l’oiseau

placer ensuite la toile contre un arbre

dans un jardin

dans un bois

ou dans une forêt

se cacher derrière l’arbre sans rien dire

sans bouger…

Parfois l’oiseau arrive vite

mais il peut aussi bien mettre de longues années

avant de se décider

Ne pas se décourager

attendre

attendre s’il le faut pendant des années

la vitesse ou la lenteur de l’arrivée

de l’oiseau n’ayant aucun rapport

avec la réussite du tableau

Quand l’oiseau arrive

S’il arrive

observer le plus profond silence

attendre que l’oiseau entre dans la cage

et quand il est entré

fermer doucement la porte avec le pinceau

puis

effacer un à un tous les barreaux

en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau

Faire ensuite le portrait de l’arbre

en choisissant la plus belle de ses branches

pour l’oiseau

peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent

la poussière du soleil

et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été

et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter

Si l’oiseau ne chante pas

c’est mauvais signe

signe que le tableau est mauvais

mais s’il chante c’est bon signe

signe que vous pouvez signer

alors vous arrachez tout doucement

une des plumes de l’oiseau

et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

 

Jacques Prévert, Paroles, 1945

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"Au plus fort de l'orage... avant de s'envoler", René Char

Publié le par Elizabeth Robin

photo: Juan Jose Bujidos

photo: Juan Jose Bujidos

Au plus fort de l'orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C'est l'oiseau inconnu, il chante avant de s'envoler.

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Écrire est semblable à respirer / Escribir es como respirar, José Carlos Llop

Publié le par Elizabeth Robin

Écrire est semblable à respirer / Escribir es como respirar, José Carlos Llop

Écrivain espagnol, né en 1956, José Carlos Llop publie ses premiers poèmes en 1974, à 18 ans.

Dans le premier des quatre volumes de son Journal, il explique qu’il a commencé à écrire lorsque ses parents ont vendu la maison de ses grands-parents où José avait été heureux et où il avait entendu son grand-père dire qu’être écrivain était une des meilleures choses qui puissent exister.

Depuis, Llop a écrit de la poésie - sept recueils rassemblés en un seul volume Poesía (1974-2014) et un recueil en catalan Quartet (2002) ; quatre volumes de journaux dont les trois premiers ont été réunis sous le titre Diarios (1990-2006) ; deux recueils de nouvelles Pasaporte diplomático (1991) et La novela del siglo (1999) ; trois recueils d’essais ; d’innombrables articles dans la presse locale et nationale. Il est également l’auteur de romans, dont El informe Stein (1995), La cámara de ámbar (1996), le troisième Háblame del tercer hombre (2001) est le premier a être traduit en français, Parle-moi du troisième homme, (2005), le dernier El mensajero de Argel (2004) Le Messager d’Alger, Reyes de Alejandría ( 2016 ), Oriente (2019). Son dernier recueil de poésie La Dádiva est sorti en 2005. 

Llop cherche plus à créer des atmosphères qui parlent d’un monde qui fut, à laisser des empreintes, à évoquer des idées qu’à construire des histoires. Ses personnages, fracassés par la vie, sont plutôt fantasmagoriques et ses trames tournent autour d’un secret ; tout ceci dans un style très lyrique.

Dans Le Figaro.fr Scope

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Fleurs d'exil, René Richard

Publié le par Elizabeth Robin

Photos: © Juan Jose Bujidos / Montage: Elizabeth Robin

Photos: © Juan Jose Bujidos / Montage: Elizabeth Robin

Un poème qui sonne comme une "Marseillaise" ! Un drapeau de fleurs...

René Richard n'est malheureusement pas connu. 

Il a été prisonnier pendant la guerre 14/18. Pendant ses jours de captivité il écrit des poèmes et chacun d'entre-eux est dédié à un membre de sa famille, à un ami ou à un compagnon de captivité.

René Richard revient vivant de la grande guerre. Il devient député. Puis il est déporté en 1944. Il continue à écrire des poèmes pendant cette seconde captivité.

Á son retour en 1945, il rassemble ses poèmes dans un recueil intitulé Vers captifs qui sera publié en 1946 en 40 exemplaires seulement. 

Fleurs d'exil, dédié à Paul Daray, Prince de la musique.

L'adorable bouquet que je fis ce matin,

Glanant au jardinet de nos geôliers moroses

Quelques fleurs de Chez Nous, toutes fraîches écloses

En leur splendeur première et leur premier parfum.

 

L'humble myosotis qu'un bourdon suce

Attira tout d'abord mon regard indécis

Par son bleu trop discret pour être un bleu de Prusse,

Ce bleu que le ciel mit au blason de Paris.

 

Un lys qui paradait, orgueilleux et superbe,

Fut un butin facile à mon désir offert;

Un œillet rouge vif, cueilli d'un doigt expert,

D'une goutte de sang vint compléter ma gerbe.

 

Mais soudain ! mon bouquet, mon tout petit bouquet !

Le voici qui grandit, s'élargit et s'étale

Et des plis frangés d'or s'échappent d'un pétale.

Quel lys éblouissant ! quel fulgurant œillet !

 

Le myosotis  même élargit sa corolle.

Miracle de mes yeux, miracle du cerveau:

De ce petit bouquet mon cœur fait un drapeau.

Ton drapeau, douce France; à nous, notre auréole !

 

Darmstadt, fin juillet 1915.

Zerbst, 17 octobre 1915

J'ai découvert Fleurs d'exil en août 2015, cent ans après que René Richard l'a écrit. 

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