Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #anthologie tag

Alicante, poème de Jacques Prévert Alicante, poema de Jacques Prévert

Publié le par Elizabeth Robin

photo: © Juan Jose Bujidos

photo: © Juan Jose Bujidos

Alicante, Jacques Prévert

Une orange sur la table

Ta robe sur le tapis

Et toi dans mon lit

Doux présent du présent

Fraîcheur de la nuit

Chaleur de ma vie

 

Traducción en español:

Una naranja sobre la mesa

Tu vestido en la alfombra

Y tú en mi cama

Dulce presente del presente

Frescor de la noche

Calor de mi vida

 

 

 

Voir les commentaires

Journée de la femme / Día de la mujer

Publié le par Elizabeth Robin

Photos : © Alexis PillonPhotos : © Alexis Pillon
Photos : © Alexis PillonPhotos : © Alexis Pillon

Photos : © Alexis Pillon

Pour la journée de la femme, ce poème d'Antoine Pol "Les passantes", chanté par Georges Brassens. 

Para el día de la mujer, este poema de Antoine Pol "Las fugaces", cantado por Georges Brassens. 

LES PASSANTES

Je veux dédier ce poème

Á toutes les femmes qu'on aime

Pendant quelques instants secrets,

Á celle qu'on connaît à peine,

Qu'un destin différent entraîne

Et qu'on ne retrouve jamais.

 

Á celle qu'on voit apparaître

Une seconde, à sa fenêtre,

Et qui, preste, s'évanouit,

Mais dont la svelte silhouette

Est si gracieuse et fluette

Qu'on en demeure épanoui.

 

Á la compagne de voyage

Dont les yeux, charmant paysage,

Font paraître court le chemin;

Qu'on est seul peut-être à comprendre,

Et qu'on laisse pourtant descendre

Sans avoir effleuré la main.

 

Á celles qui sont déjà prises,

Et qui vivant des heures grises

Près d'un être trop différent,

Vous ont, inutile folie,

Laissé voir la mélancolie

D'un avenir désespérant. 

 

Chères images aperçues,

Espérances d'un jour déçues,

Vous serez dans l'oubli demain;

Pour peu que le bonheur survienne,

Il est rare qu'on se souvienne

Des épisodes du chemin.

 

Mais si l'on a manqué sa vie,

On songe, avec un peu d'envie

Á tous ces bonheurs entrevus,

Aux baisers qu'on n'osa pas prendre,

Aux coeurs qui doivent vous attendre,

Aux yeux qu'on n'a jamais revus.

 

Alors, aux soirs de lassitude,

Tout en peuplant sa solitude

Des fantômes du souvenir,

On pleure les lèvres absentes

De toutes les belles passantes

Que l'on n'a pas su retenir.

 

LAS FUGACES

Yo quiero dedicar este poema

A todas las mujeres que amamos

Durante algunos instantes secretos,

A las que conocemos apenas,

A las que arrastra un destino distinto

Y que no se vuelven a ver más.

 

A la que vemos aparecer

Un segundo en su ventana

Y que, rápidamente, se desvanece,

Pero cuya esbelta silueta,

Es tan graciosa y delicada

Que nos quedamos maravillados.

 

A la compañera de viaje

Cuyos ojos, encantador paisaje,

Hacen parecer corto el camino.

Que somos los únicos en comprenderla

Y que dejamos sin embargo bajar

Sin haber rozado su mano.

 

A las que ya están comprometidas,

Y que, viviendo horas grises,

Cerca de un ser demasiado diferente,

Nos han dejado, inútil locura,

Ver la melancolía

De un futuro desesperante.

 

Queridas imágenes vistas,

Esperanzas frustadas de un día,

Mañana, estareís en el olvido.

Con poco de felicidad que tengamos,

Es raro que nos acordemos

De los episodios del camino.

 

Pero si hemos fracasado en la vida,

Pensamos con un poco de ganas

En todas esas felicidades entrevistas,

En los besos que no osamos tomar,

En los corazones que debían esperarnos,

En los ojos que no hemos vuelto a ver. 

 

Entonces, en las noches de hastío,

Poblando nuestra soledad

Con los fantasmas del recuerdo,

Lloramos los labios ausentes

De todas las bellas fugaces

Que no supimos retener.

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Romance de la luna / Romance de la lune, Federico García Lorca

Publié le par Elizabeth Robin

photo : © Juan Jose Bujidos

photo: © Juan Jose Bujidos

Romance de la luna (Romancero gitano)

La luna vino a la fragua

con su polisón de nardos.

El niño la mira mira.

El niño la está mirando.

En el aire conmovido

mueve la luna sus brazos

y enseña, lúbrica y pura,

sus senos de duro estaño.

Huye luna, luna, luna.

Si vinieran los gitanos,

harían con tu corazón

collares y anillos blancos.

Niño, déjame que baile.

Cuando vengan los gitanos,

te encontrarán sobre el yunque

con los ojillos cerrados.

Huye luna, luna, luna,

que ya siento sus caballos.

Niño, déjame, no pises

mi blancor almidonado.

El jinete se acercaba

tocando el tambor del llano

Dentro de la fragua el niño,

tiene los ojos cerrados.

Por el olivar venían,

bronce y sueño, los gitanos.

Las cabezas levantadas

y los ojos entornados.

¡Cómo canta la zumaya,

ay cómo canta en el árbol!

Por el cielo va la luna

con un niño de la mano.

Dentro de la fragua lloran,

dando gritos, los gitanos.

El aire la vela, vela.

El aire la está velando.

Romance de la lune

La lune vint à la forge

dans son jupon de nards.

L'enfant la regarde, regarde,

L'enfant est là qui la regarde.

Et dans les airs commotionnés

la lune étire ses bras

et montre, lubrique et pure,

ses seins de dur étain.

Lune, lune, lune va-t-en !

Car si venaient les gitans,

ils feraient avec ton cœur

colliers et bagues d’argent.

- Enfant, laisse-moi danser,

Et lorsque viendront les gitans

Ils te trouveront sur l'enclume

avec tes petits yeux fermés.

Lune, lune, lune va-t-en !

Déjà j'entends leurs chevaux.

- Laisse-moi, enfant, ne froisse pas

ma blancheur amidonnée.

Le cavalier se rapprochait,

faisant sonner le tambour,

le grand tambour de la plaine

et, dans la forge, l'enfant

a ses petits yeux fermés.

Par les champs d'oliviers viennent

- bronze et rêve - les gitans,

la tête très haut levée

et les yeux mi-clos.

Comme chante la chouette-effraie,

comme elle hulule sur l'arbre !

A travers le ciel chemine

la lune avec un enfant

qu'elle emmène par la main.

Et dans la forge, pleurent

En criant, les gitans.

L’air la veille, la voile,

L’air l’a voilée.

Jean Ferrat chante Aragon, un bel hommage à Lorca, "le rossignol andalous"

Un jour un jour

Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime

Sa protestation ses chants et ses héros

Au-dessus de ce corps et contre ses bourreaux

A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu

Emplissant tout à coup l'univers de silence

Contre les violents tourne la violence

Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue

[Refrain] : Un jour pourtant, un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme, un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages

Je voyais, je voyais l'avenir à genoux

La Bête triomphante et la pierre sur nous

Et le feu des soldats porte sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché

Un partage incessant que se font de la terre

Entre eux ces assassins que craignent les panthères

Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché

[Refrain]

Quoi toujours ce serait la guerre, la querelle

Des manières de rois et des fronts prosternés

Et l'enfant de la femme inutilement né

Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue

Le massacre toujours justifié d'idoles

Aux cadavres jetés ce manteau de paroles

Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou.

[Refrain]

Voir les commentaires

Pablo Neruda

Publié le par Elizabeth Robin

Photo: Elizabeth Robin

photo: © Elizabeth Robin

Vous connaissez sans doute ce superbe poème "Ode à la mer", mais connaissez-vous "Les vies / Las vidas" ?

Un extrait de l'Ode à la mer :

ICI dans l'île la mer et quelle étendue! sort hors de soi à chaque instant, en disant oui, en disant non, non et non et non, en disant oui, en bleu, en écume, en galop, en disant non, et non. Elle ne peut rester tranquille, je me nomme la mer, répète-t-elle en frappant une pierre sans arriver à la convaincre, alors avec sept langues vertes de sept chiens verts, de sept tigres verts, de sept mers vertes, elle la parcourt, l'embrasse, l'humidifie et elle se frappe la poitrine en répétant son nom. ô mer, ainsi te nommes-tu. ô camarade océan, ne perds ni temps ni eau, ne t'agite pas autant, aide-nous...

Las vidas

Ay qué incómoda a veces

te siento

conmigo, vencedor entre los hombres !

Porque no sabes

que conmigo vencieron

miles de rostros que no puedes ver,

miles de pies y pechos que marcharon conmigo,

que no soy,

que no existo,

que sólo soy la frente de los que van conmigo,

que soy más fuerte

porque llevo en mí

no mi pequeña vida

sino todas las vidas,

y ando seguro hacia adelante

porque tengo mil ojos,

golpeo con peso de piedra

porque tengo mil manos

y mi voz se oye en las orillas

de todas las tierras

porque es la voz de todos

los que no hablaron,

de los que no cantaron

y cantan hoy con esta boca

que a ti te besa.

Les vies

Ah ! comme je te sens parfois

agacée

contre moi, vainqueur au milieu des hommes !

Et cela car tu ne sais pas

que ma victoire est celle aussi

de milliers de visages que tu ne peux pas voir,

de milliers de pieds et de cœurs qui m'escortèrent,

je ne suis rien

et je n'existe aucunement,

je ne suis que le front de ceux qui m'accompagnent,

si je suis fort

c'est parce que je porte en moi

au lieu de ma médiocre vie

toutes les vies,

un millier d'yeux

me permettent d'aller sans faille de l'avant,

mille mains

pour frapper dur comme la pierre,

et l'on entend ma voix à l'orée de toutes les terres

parce qu'elle est la voix de tous

ceux qui m'ont parlé,

de tous ceux qui n'ont pas chanté

et qui chantent aujourd'hui

par cette bouche qui t'embrasse.

Jean Ferrat chante Aragon

Complainte de Pablo Neruda

Je vais dire la légende De celui qui s'est enfui Et fait les oiseaux des Andes Se taire au cœur de la nuit Le ciel était de velours Incompréhensiblement Le soir tombe et les beaux jours Meurent on ne sait comment [Refrain] : Comment croire comment croire Au pas pesant des soldats Quand j'entends la chanson noire De Don Pablo Neruda Lorsque la musique est belle Tous les hommes sont égaux Et l'injustice rebelle Paris ou Santiago Nous parlons même langage Et le même chant nous lie Une cage est une cage En France comme au Chili [Refrain] Sous le fouet de la famine Terre terre des volcans Le gendarme te domine Mon vieux pays araucan Pays double où peuvent vivre Des lièvres et des pumas Triste et beau comme le cuivre Au désert d'Atacama [Refrain] Avec tes forêts de hêtres Tes myrtes méridionaux O mon pays de salpêtre D'arsenic et de guano Mon pays contradictoire Absent et présent ensemble Invisible mais trahi Neruda que tu ressembles À ton malheureux pays Ta résidence est la terre Et le ciel en même temps Silencieux solitaire Et dans la foule chantant [Refrain]

Jean Ferrat chante Aragon, article Elizabeth Robin

Voir les commentaires

Caminante no hay camino / Toi qui marches, il n'existe pas de chemin, Antonio Machado

Publié le par Elizabeth Robin

© photo Elizabeth Robin

photo: © Elizabeth Robin

Caminante no hay camino [Toi qui marches, il n'existe pas de chemin]

Todo pasa y todo queda, [Tout passe et tout reste,] pero lo nuestro es pasar, [mais le propre de l'homme est de passer,] pasar haciendo caminos, [passer en faisant des chemins,] caminos sobre el mar. [des chemins sur la mer.]

Nunca perseguí la gloria, [Je n'ai jamais cherché la gloire,] ni dejar en la memoria [ni cherché à laisser dans la mémoire] de los hombres mi canción; [des hommes ma chanson ;] yo amo los mundos sutiles, [j'aime les mondes subtils,] ingrávidos y gentiles, [légers et aimables,] como pompas de jabón. [comme des bulles de savon.]

Me gusta verlos pintarse [J'aime les voir se peindre] de sol y grana, volar [de soleil et de rouge, voler] bajo el cielo azul, temblar [sous le ciel bleu, trembler] súbitamente y quebrarse... [soudainement et se rompre...]

Nunca perseguí la gloria. [Je n'ai jamais cherché la gloire.]

Caminante, son tus huellas [Toi qui marches, ce sont tes traces] el camino y nada más; [qui font le chemin, rien d'autre ;] caminante, no hay camino, [toi qui marches, il n'existe pas de chemin,] se hace camino al andar. [le chemin se fait en marchant.]

Al andar se hace camino [En marchant on fait le chemin] y al volver la vista atrás [et lorsqu'on se retourne] se ve la senda que nunca [on voit le sentier que jamais] se ha de volver a pisar. [on n'empruntera à nouveau.]

Caminante no hay camino [Toi qui marches, il n'existe pas de chemin] sino estelas en la mar... [si ce n'est le sillage dans la mer...]

Hace algún tiempo en ese lugar [Il fut un temps dans ce lieu] donde hoy los bosques se visten de espinos [où aujourd'hui les bois s'habillent d'épines] se oyó la voz de un poeta gritar [on entendit la voix d'un poète crier] "Caminante no hay camino, ["Toi qui marches, il n'existe pas de chemin,] se hace camino al andar..." [le chemin se fait en marchant..."]

Golpe a golpe, verso a verso... [Coup après coup, vers après vers...]

Murió el poeta lejos del hogar. [Le poète mourut loin de chez lui.] Le cubre el polvo de un país vecino. [Il est recouvert de la poussière d'un pays voisin.] Al alejarse le vieron llorar. [En s'éloignant on le vit pleurer.] "Caminante no hay camino, [Toi qui marches, il n'existe pas de chemin,] se hace camino al andar..." [le chemin se fait en marchant...]

Golpe a golpe, verso a verso... [Coup après coup, vers après vers...]

Jean Ferrat chante Aragon, un hommage à Machado et tous les autres...

Les poètes, Louis Aragon

Je ne sais ce qui me possède Et me pousse à dire à voix haute Ni pour la pitié ni pour l'aide

Ni comme on avouerait ses fautes Ce qui m'habite et qui m'obsède Celui qui chante se torture Quels cris en moi quel animal Je tue ou quelle créature Au nom du bien au nom du mal Seuls le savent ceux qui se turent Machado dort à Collioure Trois pas suffirent hors d'Espagne Que le ciel pour lui se fît lourd Il s'assit dans cette campagne Et ferma les yeux pour toujours Au-dessus des eaux et des plaines Au-dessus des toits des collines Un plain-chant monte à gorge pleine Est-ce vers l'étoile Hölderlin Est-ce vers l'étoile Verlaine Marlowe il te faut la taverne Non pour Faust mais pour y mourir Entre les tueurs qui te cernent De leurs poignards et de leurs rires A la lueur d'une lanterne Etoiles poussières de flammes En août qui tombez sur le sol Tout le ciel cette nuit proclame L'hécatombe des rossignols Mais que sait l'univers du drame La souffrance enfante les songes Comme une ruche ses abeilles L'homme crie où son fer le ronge Et sa plaie engendre un soleil Plus beau que les anciens mensonges Je ne sais ce qui me possède Et me pousse à dire à voix haute Ni pour la pitié ni pour l'aide Ni comme on avouerait ses fautes Ce qui m'habite et qui m'obsède

Jean Ferrat chante Aragon "Les Poètes" , Article Elizabeth Robin

Voir les commentaires

Á une passante, Charles Baudelaire

Publié le par Elizabeth Robin

© Juan Jose Bujidos

© Juan Jose Bujidos

Deux poèmes de Baudelaire, d'une grande beauté et d'une grande justesse . Elizabeth Robin

 

Á une passante

Extrait de "Les Fleurs du Mal"

La rue assourdissante autour de moi hurlait. Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, Une femme passa, d'une main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue. Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan, La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté Dont le regard m'a fait soudainement renaître, Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être ! Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais, Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Les Petites Vieilles (Les Fleurs du Mal)

Á Victor Hugo

I

Dans les plis sinueux des vieilles capitales, Où tout, même l'horreur, tourne aux enchantements, Je guette, obéissant à mes humeurs fatales Des êtres singuliers, décrépits et charmants.

Ces monstres disloqués furent jadis des femmes, Éponine ou Laïs ! Monstres brisés, bossus Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes. Sous des jupons troués et sous de froids tissus

Ils rampent, flagellés par les bises iniques, Frémissant au fracas roulant des omnibus, Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques, Un petit sac brodé de fleurs ou de rébus ;

Ils trottent, tout pareils à des marionnettes ; Se traînent, comme font les animaux blessés, Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes Où se pend un Démon sans pitié ! Tout cassés

Qu'ils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille, Luisants comme ces trous où l'eau dort dans la nuit ; Ils ont les yeux divins de la petite fille Qui s'étonne et qui rit à tout ce qui reluit.

- Avez-vous observé que maints cercueils de vieilles Sont presque aussi petits que celui d'un enfant ? La Mort savante met dans ces bières pareilles Un symbole d'un goût bizarre et captivant,

Et lorsque j'entrevois un fantôme débile Traversant de Paris le fourmillant tableau, Il me semble toujours que cet être fragile S'en va tout doucement vers un nouveau berceau ;

A moins que, méditant sur la géométrie, Je ne cherche, à l'aspect de ces membres discords, Combien de fois il faut que l'ouvrier varie La forme de la boîte où l'on met tous ces corps.

- Ces yeux sont des puits faits d'un million de larmes, Des creusets qu'un métal refroidi pailleta... Ces yeux mystérieux ont d'invincibles charmes Pour celui que l'austère Infortune allaita !

II

De Frascati défunt Vestale enamourée ; Prêtresse de Thalie, hélas ! dont le souffleur Enterré sait le nom ; célèbre évaporée Que Tivoli jadis ombragea dans sa fleur,

Toutes m'enivrent ; mais parmi ces êtres frêles Il en est qui, faisant de la douleur un miel Ont dit au Dévouement qui leur prêtait ses ailes : Hippogriffe puissant, mène-moi jusqu'au ciel !

L'une, par sa patrie au malheur exercée, L'autre, que son époux surchargea de douleurs, L'autre, par son enfant Madone transpercée, Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs !

III

Ah ! que j'en ai suivi de ces petites vieilles ! Une, entre autres, à l'heure où le soleil tombant Ensanglante le ciel de blessures vermeilles, Pensive, s'asseyait à l'écart sur un banc,

Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre, Dont les soldats parfois inondent nos jardins, Et qui, dans ces soirs d'or où l'on se sent revivre, Versent quelque héroïsme au cœur des citadins.

Celle-là, droite encor, fière et sentant la règle, Humait avidement ce chant vif et guerrier ; Son œil parfois s'ouvrait comme l’œil d'un vieil aigle ; Son front de marbre avait l'air fait pour le laurier !

IV

Telles vous cheminez, stoïques et sans plaintes, A travers le chaos des vivantes cités, Mères au cœur saignant, courtisanes ou saintes, Dont autrefois les noms par tous étaient cités.

Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire, Nul ne vous reconnaît ! un ivrogne incivil Vous insulte en passant d'un amour dérisoire ; Sur vos talons gambade un enfant lâche et vil.

Honteuses d'exister, ombres ratatinées, Peureuses, le dos bas, vous côtoyez les murs ; Et nul ne vous salue, étranges destinées ! Débris d'humanité pour l'éternité mûrs !

Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille, L’œil inquiet, fixé sur vos pas incertains, Tout comme si j'étais votre père, ô merveille ! Je goûte à votre insu des plaisirs clandestins :

Je vois s'épanouir vos passions novices ; Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus ; Mon cœur multiplié jouit de tous vos vices ! Mon âme resplendit de toutes vos vertus !

Ruines ! ma famille ! ô cerveaux congénères ! Je vous fais chaque soir un solennel adieu ! Où serez-vous demain, Èves octogénaires, Sur qui pèse la griffe effroyable de Dieu ?

Voir les commentaires

LIberté, Paul Éluard

Publié le par Elizabeth Robin

...Liberté. (photos © Juan Jose Bujidos, © Elizabeth Robin)...Liberté. (photos © Juan Jose Bujidos, © Elizabeth Robin)
...Liberté. (photos © Juan Jose Bujidos, © Elizabeth Robin)...Liberté. (photos © Juan Jose Bujidos, © Elizabeth Robin)

...Liberté. (photos © Juan Jose Bujidos, © Elizabeth Robin)

Pour clore le Printemps des poètes 2016 à la Médiathèque de Verneuil-sur-Seine, certains élèves que j'ai eus pendant les TAP ont pu présenter un petit spectacle.

Pour le "final", leur choix s'est porté à l'unanimité sur ce poème de Paul Éluard, LIBERTÉ.

Ils l'ont lu sur un fond musical et je peux vous assurer qu'ils l'ont aimé ce poème ! (Elizabeth Robin):

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues

Sur toutes les pages blanches

Pierre sang papier ou cendre

J’écris ton nom

Sur les images dorées

Sur les armes des guerriers

Sur la couronne des rois

J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur les genêts

Sur l’écho de mon enfance

J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits

Sur le pain blanc des journées

Sur les saisons fiancées

J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur

Sur l’étang soleil moisi

Sur le lac lune vivante

J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente

J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l’orage

Sur la pluie épaisse et fade

J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique

J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés

Sur les routes déployées

Sur les places qui débordent

J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume

Sur la lampe qui s’éteint

Sur mes maisons réunies

J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux

Du miroir et de ma chambre

Sur mon lit coquille vide

J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre

Sur ses oreilles dressées

Sur sa patte maladroite

J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte

Sur les objets familiers

Sur le flot du feu béni

J’écris ton nom

Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend

J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises

Sur les lèvres attentives

Bien au-dessus du silence

J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés

Sur les murs de mon ennui

J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir

Sur la solitude nue

Sur les marches de la mort

J’écris ton nom

Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur l’espoir sans souvenir

J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté

Voir les commentaires

L'invitation de la folie

Publié le par Elizabeth Robin

photo © Juan Jose Bujidos

photo: © Juan Jose Bujidos

Une fable méconnue de Jean de La Fontaine, mais tellement adorable ! Humour à travers la vérité des mots!

Bonne lecture ! Elizabeth Robin

L'invitation de la folie !...fable de Jean de la Fontaine

La Folie décida d'inviter ses amis pour prendre un café chez elle. * Tous les invités y allèrent. Après le café la Folie proposa : - On joue à cache-cache ? - Cache-cache ? C'est quoi, ça ? demanda la Curiosité. - Cache-cache est un jeu. Je compte jusqu'à cent et vous vous cachez. - Quand j'ai fini de compter je cherche, et le premier que je trouve sera le prochain à compter. * Tous acceptèrent, sauf la Peur et la Paresse. -1, 2, 3,... la Folie commença à compter. * L'Empressement se cacha le premier, n'importe où. * La Timidité, timide comme toujours, se cacha dans une touffe d'arbre. * La Joie courut au milieu du jardin. * La Tristesse commença à pleurer, car elle ne trouvait pas d'endroit approprié pour se cacher. * L'Envie accompagna le Triomphe et se cacha près de lui derrière un rocher. * La Folie continuait de compter tandis que ses amis se cachaient. * Le Désespoir était désespéré en voyant que la Folie était déjà à 99. - CENT ! cria la Folie, je vais commencer à chercher... * La première à être trouvée fut la Curiosité, car elle n'avait pu s'empêcher de sortir de sa cachette pour voir qui serait le premier découvert. * En regardant sur le côté, la Folie vit le Doute au-dessus d'une clôture ne sachant pas de quel côté il serait mieux caché. * Et ainsi de suite, elle découvrit la Joie, la Tristesse, la Timidité... * Quand ils étaient tous réunis, la Curiosité demanda - Où est l'Amour ? * Personne ne l'avait vu. * La Folie commença à le chercher. Elle chercha au-dessus d'une montagne, dans les rivières au pied des rochers. Mais elle ne trouvait pas l'amour. Cherchant de tous côtés, la Folie vit un rosier, pris un bout de bois et commença à chercher parmi les branches, lorsque soudain elle entendit un cri. * C'était l'Amour, qui criait parce qu'une épine lui avait crevé un œil. * La Folie ne savait pas quoi faire. Elle s'excusa, implora l'Amour pour avoir son pardon et alla jusqu'à lui promettre de le suivre pour toujours. * L'Amour accepta les excuses. * Aujourd'hui, l'Amour est aveugle et la Folie l'accompagne toujours.

Voir les commentaires